IMG_7568

 

 Si belle et douce et calme.    


Et si profonde aussi.   


La femme reflète bien plus de choses que l’homme ne peut saisir.      

 

 

 L’homme saisit ce qu’il peut.   

Il saisit pour enfouir.   

Il saisit les épreuves qu’il traverse et construit en conséquence un monde d’expériences qu’il anime pour ses besoins aux fins d’exister, de se dire qu’il existe, de montrer qu’il existe.   

Son entêtement à se faire voir, à sortir de l’anonymat, l’oblige à charger le trait de ses représentations, à saillir.   

Alors ceux qui restent aux marges du festin développent un manque, une insatisfaction et un ressentiment.      

 

La femme, elle, agit avec son corps.   

Elle est mère des instincts de protection et donne la vie de chair et de mystère.   

L'avènement de l’être dont elle est matrice marque son territoire et l'immense mémoire des choses vécues.   

Les souvenirs, elle les laisse à l’homme.   

Elle n’a que faire des faits de société entendus, remâchés  et dont le fumet structure l’histoire.   

Elle est la terre et c’est dans cette terre que le mystère s’incarne.   

Elle qui paraît alors être à l’origine de la vie garde en mémoire ce que la vie devient.   

Elle est aussi la réceptrice des choses d’ailleurs, d’au-delà de notre entendement.   

Elle est propitiatoire.   

A la vie à la mort, les gouttes de son sang sont celles de toute l’humanité, elles sont l’effluve grasse de la vie en va-et-vient d’elle-même.   

Et quant il y a naissance, le goût et les odeurs prennent la suite de l’idée et du concept que l’homme pouvait en avoir.   

Elle origine, elle reçoit et fabrique le don de soi en accueil du plus grand que soi.   

Elle consume et détruit l’imagerie qui la précède pour se porter en éclosion devant la main de l’homme.   

C’est ainsi qu’elle peut se fondre dans notre monde, dans notre société patriarcale.   

Là, arrivée en expectative d’elle-même elle entre dans un bain de reconnaissance pour autrui, mais à quel prix.   

Toutefois sa puissance tellurique, sa quête obstinée à manifester le fond des choses la fige et la vision qui l'anime alors  l'engage par une posture cataleptique à devenir la proie des loups qui la dévoreront pour l'acquisition de davantage de connaissances.   

Elle est la gardienne du seuil, elle attend l'homme qui se souvenant de la tâche à accomplir saura l'engager plus avant sur le chemin vers une parousie d'éternité.      

Elle stimule l'homme, le pousse à se différencier en l'obligeant à ne plus taguer les murs de ses cités par crainte de se voir effacer.   

Elle initie l'homme à sa propre grandeur.            

 

L’homme n’a de cesse que de posséder la femme, de la contenir dans sa fragilité, de la maintenir sous le joug d’une relation inégalitaire favorable à sa domination, à son plaisir, comme s'il pouvait arriver seul à vaincre ses démons.    

L’homme a peur.      

 

La femme brûle, elle est feu et sa flamme peut monter si haut, que l’homme vibrant qui l'accompagne avec respect se souvient ; enfin il se souvient !      

 

L’homme explore ses gouffres par la création, il cherche à donner forme à ce qu’il prend comme une apparition.   

Il est alors hors de lui.   

Il jongle avec son imaginaire.   

Il lui faut donner le change.   

Il plonge dans un flot récriminatoire d'encombrantes pensées ourdies de cristaux provenant des pleurs de l'aube.   

Il œuvre, il peint, il fait de la musique, il chante, il est poète, toutes choses qui ne peuvent que contempter le déjà là, le déjà vu, le beau, qu'il offre aux adorateurs du "même".   

L’homme remplit son logis d’or, de pacotilles, de soieries, de sons et de lumière artificielle pour faire de l’effet en surcroît des pouvoirs vrais de la femme.   

Pour palier à l'altérité de la femme il crée l’éphémère, le possible, l’illusion.   

Il bat la campagne jusqu'à plus soif.   

Il impose à la femme ses propres critères dont ceux de la séduction, d’une forme de beauté qu’il espère voir devenir un principe fondateur, une direction pipée par les jeux de l’amour d’opportunité.   

L’homme tente de s’ouvrir à la présence, à être davantage dans le réel, au bord du gouffre, de l’insondable, là où se fait le rien, le vide, hors des illusions perdues, lui qui ne peut jouir que du regard de l'autre.   

Obstiné dans l'idée de faire ses preuves et d'assumer des responsabilités il évite la source des origines.   

Il est dans la nuit de l'âme.   

Loin de lui la pointe de la lucidité.   

L’homme, ce mal-aimé, se repaît de virtuel en quête d’une représentation de ce qu’il pressent comme réel et ne connaîtra jamais l'autre, l'âme-sœur.   

L’homme ne se reproduit pas ; il reproduit les conditions de perpétuation de l’espèce en espérant que l’environnement sécuritaire social qui le précède fera le reste jusqu'aux portes du connu.   

Sur le marais recouvert de radeaux de sphaignes sèches, dans les brumes, il entend le chant des femmes, au loin , comme un murmure alors qu'armé d'outils de découpe il se révèle inopérant devant les formes blanches aux multiples dimensions.          

 

 

A trop savoir, à être constamment à l'affût de vouloir comprendre et juger, il se pourrait que nous installions des leurres et passions à côté du cercle des mystères dans lequel personne ne pénètre.   

Que nul n'y entre sans s'être purifié, il se pourrait que nous soyons dévorés.   

L'homme doit réintégrer son propre corps et prendre la femme comme initiatrice.      

 

520