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Oui , ensemble

se dire comment c'est la vie

là simplement devant soi

entre l'étonnement et la gravité

la profondeur et la légèreté

en sourdine ou avec éclat

comme ça vient

en son coeur

être au plus prêt de soi .

 

Oui , ensemble

sur terre , à cheminer

de chair et d'esprit , 

se lever le matin

et se coucher le soir

participer à la répétition des chants sacrés

lire quelques pages de poésie

s'échapper sur de belles pensées

donner sa pâtée au chat sans oublier ses médicaments

guetter le temps qu'il fait

faire quelques pas le nez au vent

observer la nature qui se déploie

voir si la mangeoire aux oiseaux est fournie

prendre le petit déjeuner à deux

soutenir l'autre dans sa parole

échanger pour pousser plus avant

la réflexion sur les choses de la vie

puis méditer

rentrer les poubelles

aller relever le courrier

se dire ce qu'on va faire cette journée

les courses à l'Intermarché , à Botanic , chez le boucher ,

penser aux coups de téléphone 

" Il va falloir que j'aille chez le coiffeur " .

 

Prendre soin de son corps ,

de ma tête migraineuse ,

du voile devant l'oeil ,

de mes dents de Cadmos

de mes mains Dupuytren ,

de mon bassin engoncé ,

de mes jambes opérées .

 

Oui , ensemble

je descends comme vous vers la mer

les charges occupationnelles s'estompent

nul n'est indispensable

je suis désengagé professionnellement

mon pré carré devient essentiel 

fleurissent les images

des brassées d'idées convergent 

d'où émergent des arrangements

des cadres où poser les oeuvres

en déconstruction et construction de là où j'en suis

la quête du sens des choses se précise

je rêvasse , 

de  douces et fulgurantes émotions

montent du ventre et du coeur ,

obligé que je suis de tendre vers le grand Mystère .

 

Oui , ensemble

je tire ma révérence

et graphe sur le papier

des mots de sang , des mots d'esprit

dans le petit carnet

à la page d'aujourd'hui

au jour nouveau

de frêles lunaisons m'attendent encore

comme une éternité offerte

bien au dessus de moi

mais visibles par temps de brume

entre chien et loup

quand la flamme se reflète au plus profond de l'âme

mon ami , mon coeur , ma déraison , ma déférence ,

ma dérobée , ma merveilleuse échappée ,

l'offrande consentie

au petit jour

d'une tendresse à promouvoir.

 

Oui , ensemble

il y a ces souvenirs , surtout ceux de l'enfance

brouillamini d'un passé révolu

et qui néanmoins collent à nos basques

immense conglomérat de traces 

qu'organisent 

à petite montées de bile

l'intelligible nostalgie du veilleur .

 

Oui , ensemble

et puis tant de choses , encore , à faire

à se retourner dans tous les sens

à faire lever la poussière de notre espace clos ,

séjour des morts avant la lettre ,

à fixer les points géodésiques forts ,

repères pour les futures générations ,

à ne pas manquer la cible des pertinences .

 

Devant moi la terre devient aride

les hêtres et les chênes de nos forêts

ont laissé place à quelques buissons épineux

le sable pénètre les infractuosités de nos tours de Babel .

 

Avec mes mains , ma voix , mon regard

j'écris ton nom

toi le Futur Venu

toi , Liberté , Lumière et Mort

Nuit et Jour

je mange les derniers fruits

ces baies rouges , noires , jaunes et vertes

j'habite tel un harlequin les couleurs de l'amour

je suis émerveillé par le passage

de la nuit au jour

et du jour à la nuit

surtout en nature , par temps frais

quand au petit matin

le soleil se lève , repoussant ses draps de miel 

pour embraser l'entiéreté de la voute céleste

clameur de bien plus que moi

aux confins de l'espace

de l'accompli

et puis y'a la pluie

cette pluie toute neuve d'après sécheresse

qui fait se lever les fragrances endormies

et fouette le visage d'un masque d'odeurs

promesse de rencontres inouïes .

 

Oui , ensemble

en promenade

sur le plateau battu par les vents d'ouest

je m'arrête et repars quant je veux

au gré d'une douleur à la jambe

au gré d'une blessure sur un tronc du frêne

les hautes branches dansant dans un souffle

aux effluves vigoureuses .

 

Oui , ensemble

c'est un sémaphore

aux fleurs de coquillages

que les yeux du néant

perçoivent

immense élan des vagues éternelles

frappant sans relâche

les rocs de l'avenir

et les maigres barrières

tout autour de cet objet si doux

que l'on pousse

devant soi et derrière soi 

de tous les côtés à la fois 

en ordre et en désordre

la vie 

Sa Vie 

cette béance de commencement en commencement ,

ce creuset des opportunités ,

cet appel de l'aube ,

oui , mais ensemble .

 

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