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     La mer au cru d'un bleu des origines

je m'y jetais

je quittais le radeau des convenances

et tenais gente damoiselle contre mon giron

l'eau était tendre et propice à l'avancement de la situation

au large étale sans terre à l'horizon

immense aux fines ondulations régulières et frissonnantes

l'onde transparente

je distinguais des galets par le fond

je nageais sans hâte sans but

un temps infini .

                                                                               

Apparurent des côtes je m'approchais

le paysage était décharné

tout était blanc de cendres d'après le cataclysme

des arbres déchiquetés

pas de feuilles pas de verdure

je longeais le littoral

une crique j'accostais

une maison en bordure d'un amas de végétaux fossilisés

vestige d'une forêt d'antan

gigantesque cimetière dressant ses moignons vers un ciel d'airain

une maison avec un échafaudage tout autour

des êtres humains devaient avoir repris  possession du lieu après la terrible épreuve

je déposais gente damoiselle

et la suivis vers la maison

une bâtisse de pierres à deux niveaux

devant la porte alors que nous nous apprêtions à toctocquer

s'ouvrit telle une rafale de vent

un souffle qui nous aspirât

un printemps nous enserrait

une petite femme toute de noir vêtue

d'une toile souple la tête recouverte

les pieds nus dans d'épaisses sandales de cuir

à lunettes et visage ridé parue

pour nous entraîner vivement dans un intérieur sombre

les deux femmes semblaient se connaître

je n'eus droit qu'à un coup d'oeil furtif

comme si je n'existais pas

mais étais-je vraiment visible ?

au travers de cette traversée que j'effectuais sans effort

animé d'une tâche à remplir

n'étais-je pas un esprit ?

s'engageât là devant moi simple témoin

une conversation animée

pleine de joie de variations dans la voix

deux bouquets de fleurs multicolores des pépiements d'oiseux joyeux s'entrecroisaient

au jeu des mains et des regards lumineux

un chant gracieux fait d'allégresse

dont je ne comprenais pas la langue

je n'étais pas des leurs

j'étais le passeur qui permettait leur rencontre

alors je disparus

fort de l'oeuvre effectuée .

                                                                                         

Depuis ce temps

le murmure n'est plus le simple accord mélodieux des éléments de vie rencontrés

il est charmille épaisse en la vie revenue et rire des enfants

à la remontée du chemin pierreux

qui longe la maison désormais familière .

 

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